08 au 09 avr. 26
T900
Avec Dimitri Doré Dimitri Doré, comédien français d’origine lettone, se rend avec Jonathan Capdevielle dans son pays natal, à la recherche de ses racines. Il en rapporte un solo de théâtre, nourri de contes et légendes, pour mieux se raconter et mieux nous raconter.
Les familiers du théâtre de Jonathan Capdevielle connaissent Dimitri Doré, révélé au cinéma dans le remarquable Bruno Reidal qui lui valut d’être nommé aux César. Né à Jelgava en 1997, il a été adopté à l’âge de 18 mois par une famille de Reims. En 2024, il entreprend une sorte de voyage initiatique en Lettonie, avec en tête un projet de théâtre. Là, il découvre une partie du folklore national et notamment les dainas, des poèmes populaires, survivance d’une tradition orale ancienne. Ils deviendront une pièce maîtresse de son récit, construit autour d’un personnage de viking, une sorte de Peer Gynt, nommé Oleg, comme son père biologique. Il nous raconte tout cela et bien d’autres choses. Au-delà de ses origines, on comprend surtout que Dimitri Doré a fait du théâtre sa famille d’élection.
Réalisé en janvier 2026 par Pauline Deboffles et Julien Villeneuve-Pasquier
Le public angevin te connait déjà, notamment avec les spectacles de Jonathan Capdevielle pour qui tu étais interprète (Rémi, À nous deux maintenant...) ou Frédéric Bélier Garcia (Retours, ou le père de l’enfant de la mère) mais aussi grâce au film Bruno Reidal de Vincent Le Port pour lequel tu as gagné le prix d’interprétation masculine lors du Festival Premiers Plans 2022.
Suite à ce beau parcours, où en es-tu aujourd’hui de tes projets ?
Je suis en train de jouer un spectacle que j'ai coécrit avec Jonathan Capdevielle qui s'appelle Daïnas. Je tourne aussi pour un prochain projet pour France Télévisions, un court-métrage de Bastien Solignac où j'ai le rôle principal : Glitch.
Tu seras de retour sur le plateau du T900 en avril avec le spectacle Daïnas. Un texte co-écrit avec Jonathan Capdevielle, qui signe également la mise en scène. Quels sont les points de départ de ce nouveau projet ensemble ?
Je souhaitais travailler sur un seul en scène qui concerne mon histoire d’adoption, la Lettonie, mes racines… J’ai échangé avec Jonathan sur la littérature Lettone. Et comme je viens de Lettonie – je suis né là-bas –, je m’y suis intéressé et j’ai découvert les Dainas. Ce sont des chants populaires lettons, des poèmes très anciens. Et l'on pourrait croire qu'ils tiennent dans la paume de la main, puisque ce sont des petites capsules de mémoire. Comme des sortes d'haïkus. En à peine quelques lignes, elles portent toute une culture et parlent de l'amour, du chagrin, du quotidien, des ancêtres et des saisons. Et en Lettonie, on sait faire tenir le cosmos en quelques phrases. C'est un talent qu’ils ont. Et nous avons eu envie de partir des Daïnas.
Comment ton histoire personnelle a-t-elle nourri le spectacle ?
C’est un solo très personnel qui me ramène à un pays que j'ai quitté avant même d'y avoir des souvenirs. Je suis né de parents russes, placé en orphelinat. J'ai été adopté très tôt par une famille française, à Reims. Le spectacle raconte ce trajet-là qui me ressemble, et qui ressemble à une mémoire quand elle se souvient mal. Ça ne se raconte pas de façon linéaire. Et cette mémoire qui avance par fragments, par images, presque par surgissements, c'est un comme strip-tease inversé. J’y enlève les couches de certitude que j'avais, pour remettre les voiles là où le spectateur voudrait voir clair. Et c'est ma façon d'être honnête. Je convoque mon histoire sur ce plateau en y incarnant de nombreux personnages.
Quel est ton rapport à la culture lettonne ? Pour la création du spectacle, tu as entrepris un voyage initiatique dans ton pays d’origine, qu’en as-tu tiré personnellement et artistiquement ?
Il y a des choses qui me ressemblent beaucoup. Par exemple, les lettons se fédèrent par le chant et la danse. Et moi, depuis petit, je chante et je danse beaucoup. Il y a aussi la langue : l’anglais, ça fait des années que j'essaye et que je me force à l’apprendre ! Mais le letton, j'ai réussi à l'apprendre en deux-trois mois environ, pour un monologue dans la pièce. Donc, il y a des choses qui sont assez étranges.
Et puis, lors de notre voyage en Lettonie avec Jonathan Capdevielle, nous avons fait la fête de la Saint-Jean [fête lettone célébrée pendant le solstice d'été]. Nous avons découvert les fêtes de là-bas, qui ne ressemblent pas à nos fêtes communes. Cela ne fait que trois ans que je me penche sur la culture lettonne, donc j'ai encore tout à apprendre ! Par ailleurs, Daïnas va partir en tournée en Lettonie, à Riga, la capitale en septembre prochain.
Ce spectacle est la chose la plus personnelle que j'ai faite, je pense. C'est une sorte de cérémonie pour réconcilier un corps avec un pays que je n’ai jamais vraiment connu finalement. Je pose une question simple : qu'est-ce qu'on garde de ce qui nous a fait ? Et puis, la vérité, ce n'est pas qu'un document administratif finalement !
Ce spectacle est à la croisée de plusieurs disciplines : théâtre, chant, cirque, performance... avec l’utilisation très particulière de la voix. Comment as-tu travaillé cet enchevêtrement ?
J'imite le monde avec passion, c'est-à-dire les voix, les artistes... Et puis, mon père adoptif adorait copier des toiles de Monet quand j'étais petit, et cet acte m'a marqué. Donc, l'acte de copier, d'imiter me nourrit beaucoup. J'interprète tous les personnages quasiment dans ce spectacle. Les parents qui remplissent un formulaire d'adoption, un homme qui sort d'un autre siècle avec une barbe sur un fauteuil roulant, une Tina Turner ou une Afida Turner, on ne sait pas trop, qui chante du Purcell ! Et j'imite aussi une petite gymnaste qui s'accroche difficilement à un cerceau aérien. C'est une espèce de vestige d'un grenier mental, où tout aurait été entassé sans vraiment de mode d'emploi ! On y voit une cigogne, on y voit un ours, on y voit un chat mécanique... Donc il y a plusieurs disciplines à l'intérieur de ça. Et Jonathan Capdevielle m'a aussi fait travailler le travestissement, la métamorphose et le langage dissocié comme les marionnettistes le font. La voix peut raconter une chose pendant que le corps en vit une autre.
Tu proposes un jeu de doublage de plusieurs personnages. Quel est ton rapport à la voix et comment l’avez-vous travaillé ?
On écrit le texte d'abord et on s'y essaie à la table, avec Jonathan. On essaye de trouver la voix la plus juste et le plus d’honnêteté possible. Et ensuite, ce qui nous aide et qui peut aussi toucher les spectateur·rices, c'est que j'ai un micro HF, donc je peux jouer et teinter ma voix, ou même dans des respirations, la travailler comme en radio. C'est intéressant, jouissif, et c’est un travail de dentelle : on peut jouer une multitude de voix sans forcément la pousser de manière très théâtrale. Donc j'ai essayé de travailler à partir des vidéos, des VHS de mes parents, mais sans forcément les imiter. C’est venu en le faisant !
As-tu d’autres envies artistiques pour le futur ?
Déjà, continuer cette tournée de ce solo, c'est déjà bien, puisque l'économie du spectacle en ce moment est... voilà ! Je suis très content d'être là, de travailler ce spectacle-là et de l'emmener en tournée avec mon équipe. Nous irons à Besançon, Genève, Belfort et Angers. Je suis très heureux de retourner au Quai, à Angers, dans ce théâtre qui m'a vu naître, puisque c'est le premier plateau où j'ai travaillé un spectacle, et où j’ai commencé des représentations théâtrales.
08 au 09 avr. 26
T900
JEWISH COCK
Auteur : VOLCKMER KATHARINA
Edition : LGF
7.00 €
JEWISH COCK
Auteur : VOLCKMER KATHARINA
Edition : LGF
7.00 €
