23 au 26 sept. 26
T400
15MN
Durée 1h15
Rencontre avec l'équipe artistique le 24
Soirée enfants le 26
Création Le Quai / Artiste associée
Coproduction Le Quai
L’autrice et metteuse en scène Sonia Chiambretto poursuit son exploration de la jeunesse d’aujourd’hui, en s’immergeant cette fois dans le monde rural. Une recherche poétique et politique qui prend sa source dans un travail de territoire.
Après avoir travaillé sur les jeunesses des quartiers périphériques des grandes villes de France, Sonia Chiambretto revient avec une nouvelle création, fruit de deux années de résidence d’artiste en milieu rural, notamment dans le Pays Baugeois. « Captive des présomptions sur son identité propre, la jeunesse rurale se retrouve à endosser la lourde responsabilité de l’identité nationale. Cantonnée à une supposée tendance à la tradition et à l’esprit de conservation, cette jeunesse, ventriloquée par la parole médiatique, s’opposerait à la jeunesse des banlieues urbaines. Mais qu’en sait-on réellement ? » Sonia Chiambretto interroge : « La jeunesse rurale est-elle tradi ? Est-ce qu’elle porte des TN ? Fait-elle des TikTok de ses embrouilles amoureuses ? Quel est l’imaginaire amoureux d’un jeune chasseur ? ». Ancrée dans une démarche documentaire, elle a fait se rencontrer les jeunesses des campagnes et celles des villes dans des battles poétiques, véritable laboratoire d’un spectacle puissant, écrit dans une langue contemporaine brute et musicale, d’une vitalité folle, porté ici par trois jeunes comédien·nes, et créé au Quai
Réalisé en avril 2026 par Pauline Deboffles et Julien Villeneuve-Pasquier
Ce projet tire son point de départ de ma pièce précédente, Oasis Love, qui a été présentée ici au Quai en 2025. J’avais travaillé sur la question de la jeunesse dans les quartiers périphériques des grandes villes. J’ai eu envie de faire une traduction de cette pièce en passant de la langue des quartiers périphériques à la langue des jeunes gens qui vivent à la campagne.
Ces dernières années, lorsqu’on écoute les discours politiques ou les médias, on entend beaucoup qu’une jeunesse serait opposée à une autre. Je me suis demandé si c’était vrai. À partir de cette interrogation, je me suis installée dans différents endroits, à la campagne, en résidence d’artiste. D’abord autour de Saint-Nazaire, dans la Brière, ensuite dans le Sud, puis autour d’Angers. Je parle de « campagne » parce que je n’aime pas le mot « rural ». On le trouve beaucoup dans les discours médiatiques et je pense que « la campagne », c’est plus joli. Avant, je me disais que je n’aimerais pas y habiter parce que je croyais qu’il ne s’y passait rien ! Je préférais la montagne ou les endroits qui semblaient beaucoup plus tourmentés. Pour moi la campagne c’était plat. J’ai changé d’avis évidemment !
Je suis allée à la rencontre de cette jeunesse qui habite les campagnes. Dans les quartiers périphériques urbains, le travail que j’ai fait n’était finalement pas si difficile car ces jeunes gens savent se représenter. Ils sont visibles par la musique, la mode.... On a envie de les suivre ! Ils sont très politiques, bien que, à mon sens, harcelés ou maltraités parfois. On les imite beaucoup parce qu’ils sont très créatifs, malgré la pauvreté et toutes les difficultés que l’on sait.
Les jeunes gens de la campagne, eux, on ne les voit pas. J’ai collecté beaucoup de parole auprès d’adolescent·es et de jeunes adultes. Ils et elles sont abandonné·es. Je m’en suis rendue compte très vite. Pour s’y rendre et s’y déplacer, déjà, il y a très peu de transports en commun. Une jeune fille me racontait que pour se rapprocher d’une ville, elle devait faire vingt minutes de vélo pour aller à l’arrêt de car. Elle y arrive très tôt le matin parce qu’il n’y a que deux cars qui passent. L’arrêt d’autocar est sur un bord de route qui sépare deux champs. Un jour, lorsqu’elle arrive, l’arrêt a disparu ! Il a été décidé de l’enlever. Maintenant, elle a besoin qu’on la conduise en voiture dans un bourg pour pouvoir prendre le car à destination de la ville la plus proche. Cependant ses parents travaillent très tôt parce qu’ils ont une ferme… Quand on entend tous ces efforts pour se déplacer, ne serait-ce que pour se rendre au lycée, ça montre qu’il faut s’intéresser à cette jeunesse.
Pour débuter le texte, j’aime bien faire des questionnaires : c’est quoi l’univers amoureux d’un jeune chasseur ? Combien faut-il de kilomètres pour un rendez-vous correct sur une application de rencontre comme Tinder ? Ce sont toutes ces questions qui résonnent à la campagne !
Mon écriture commence toujours par un petit poème, à partir de quelque chose que j’ai entendu. C’est immédiatement un travail sur la langue. Comment on dit les choses ? Comment déplacer cette langue ? Comment, moi, j’entre en relation avec cette dernière ? J’ai donc écrit un premier poème sur un garçon de 14 ans qui m’a raconté qu’il allait pêcher. Je suis rentrée dans une fiction grâce à son récit, en travaillant cette langue, la façon dont il raconte et comment son corps est engagé dans ce qu’il dit. J’écris un texte qui va être publié aux éditions de l’Arche à l’automne, à partir duquel je ferai une adaptation pour le plateau. Je n’écris pas pour le théâtre, jamais. Je ne peux pas me projeter dans un espace confiné comme le plateau. Au contraire, il faut que cela puisse être très large et sans technique.
Mon ambition est de raconter quelque chose de ces espaces, en les décontextualisant. Ce que j’aime dans l’écriture et dans la mise en scène, c’est comment raconter quelque chose de moi, de la relation à l’autre. Comment les autres habitent mon espace ? Comment mon regard sur le monde est habité ? L’hospitalité est importante. J’ai été très accueillie dans ces campagnes et tout le monde m’a fait confiance. Moi-même, j’ai eu envie d’accueillir dans cette pièce tous ces gens que j’avais rencontrés. Il y a une réflexion derrière la façon dont on raconte les choses. Comment éviter les clichés et en même temps dire une réalité ? Cette dernière existe, avec toutes ses contradictions. Évidemment qu’il y a des choses à la campagne qui me dérangent : des manières de penser et surtout de voir les autres. Comment raconter autre chose, qui permette de comprendre pourquoi, sans être morale ? Quand j’écris, j’ai toujours envie qu’à la fin, il y ait un futur possible.
À propos de ce titre, À nos enfants glorieux…
Dans les villages il y a des monuments aux morts. C’est quelque chose de très fort, il y en a partout. J’y ai repris cette inscription : « À nos enfants glorieux » J’aime bien car il y a le mot « enfant », qui nous rappelle que l’on envoie souvent les enfants à la guerre. Dans la pièce, les personnages sont toujours au monument aux morts parce qu’ailleurs, la connexion est « claquée au sol » (rires). Ils s’y rendent car c’est le seul endroit du village où le réseau passe ! Je pense également à cette annonce du chef des armées qui dit qu’il va falloir accepter de perdre ses enfants. Ça m’a marquée d’entendre ça aujourd’hui, en 2026 ! Lors de mes résidences à la campagne – et d’ailleurs le mot campagne est déjà un terme qui rappelle la guerre – je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup d’armes.
On va retrouver dans cette pièce deux comédien·nes angevin·es. Inès Quaireau, qui a joué dans Au Bon Pasteur - Peines mineures (2), une pièce que j’ai écrite et que Marcial Di Fonzo Bo a mise en scène. Dylan Roncin, qui écrit et met en scène des pièces (Intro, jouée au Quai). On s’est rencontrés dans un workshop que j’ai animé ici. Ce qui m’intéresse, c’est qu’ils ont grandi à la campagne. J’aime bien travailler avec des acteur·ices qui ont une expérience de ce que je raconte. Ils ne vont pas interpréter des gens qui vivent à la campagne, ils ont une expérience que je n’ai pas. Je trouve formidable l’idée qu’il y aura une transmission pendant la mise en scène.
23 au 26 sept. 26
T400
15MN
Durée 1h15
Rencontre avec l'équipe artistique le 24
Soirée enfants le 26
Création Le Quai / Artiste associée
Coproduction Le Quai