NTA
LA MOUETTE

De Anton Tchekhov
Mise en scène Frédéric Bélier-Garcia
Des êtres désenchantés qui se cherchent, qui cherchent l'amour, mais passent à côté sans le voir, qui rêvent de succès, de génie artistique… Entre tragédie sur le malheur d’exister et satire douce-amère, La Mouette est une ode au théâtre, une ode à l’humanité. Frédéric Bélier-Garcia met en scène ce grand cabaret de l’existence, qui marque le retour très attendu au théâtre de Nicole Garcia.
« Une comédie avec quatre rôles de femmes et six rôles d'hommes, quatre actes, un paysage (un lac) ; beaucoup de discours sur la littérature et l'art, peu d'action, cinq tonnes d'amour. » C’est ainsi que Tchekhov résumait La Mouette (en russe Tchaïka), la première de ses quatre pièces les plus connues – Oncle Vania (1899), Les trois sœurs (1900), La Cerisaie (1904). Avant de devenir une pièce emblématique du théâtre russe, La Mouette fut un four lors de sa création en octobre 1896 à Saint-Petersbourg. Il fallut attendre Stanislavski et la reprise au Théâtre d'Art de Moscou, deux ans plus tard, pour que le public lui fasse un bel accueil.
La pièce se déroule dans la propriété de Sorine, ancien conseiller d’Etat. Sa sœur Arkadina, une actrice connue et imbue d'elle-même, y séjourne avec son amant, Trigorine, un écrivain à la mode. Arkadina méprise le travail de son fils, Constantin Treplev, écrivain d’avant-garde, qui vit auprès de son oncle. Chamraiev, l’intendant du domaine, réside là avec sa femme, Paulina et sa fille Macha. Il y a là aussi Dorn, un médecin en retraite, qui veille sur la santé du groupe. De l’amour, il y en a beaucoup, mais il n’est jamais réciproque : Medvedenko, l’instituteur, est amoureux de Macha qui aime Treplev, qui n’a d’yeux que pour Nina, fille de riche propriétaire, qui rêve de devenir actrice.
« Dans La Mouette, le rêve est toujours au plus proche, prêt à emporter chaque être vers le meilleur, note Frédéric Bélie-Garcia, mais les personnages, comme de grands oiseaux incapables de voler, demeurent dans ce décor, dans ce théâtre, qui flétrit sur eux, en eux, au fil des actes et des années. Tchekhov compose avec La Mouette un grand cabaret de l’existence, chaque personnage y va de son numéro. Chacun essaie d’être aimable, de faire l’aimable, tandis qu’au plus profond de lui ahane la panique d’exister qu’on essaie de faire taire en babillant, braillant, chantant. Comme cet enfant qui, obligé d’aller chercher quelque chose à la cave, chante pour disperser les fantômes et les peurs. Raconter La Mouette, c’est mettre en acte cette grande bataille immobile qu’est la vie où tout est toujours « déjà plus » ou déjà « trop tard ». Chacun poursuit un amour, une ambition, un rêve qui se dérobe quand nous croyons le tenir. Joueurs maladroits, aussi riants que dramatiques, cherchant à capturer le charme évanouissant de l’existence. »
La pièce est un étonnant portrait de groupe, concret, sensible, humain. Annoncée comme une comédie, cette œuvre apparaît au fil de son déroulement comme une tragédie, cruelle et lumineuse à la fois. C'est dans leur dénuement intime que les personnages souffrent de leur passion ou de leurs ambitions, que ces êtres déchirés sont confrontés à leur fantôme. Au travers du « quatuor artistique » Arkadina-Nina-Treplev-Trigorine, la pièce questionne le statut des artistes et l'art, et plus précisément l’art théâtral. Nina, Arkadina, Treplev, Trigorine comptent parmi les plus beaux rôles du répertoire mondial. Nicole Garcia qui a déjà interprété Tchekhov dans Oncle Vania fait son retour au théâtre dans le rôle d’Arkadina. C’est dans le texte français d’Antoine Vitez que Frédéric Bélier-Garcia a choisi de présenter au Nouveau Théâtre d’Angers cette œuvre universelle.
NINA – Votre pièce est difficile à jouer. Il n’y a pas de personnages vivants.
TREPLEV – Des personnages vivants. Il faut représenter la vie non pas telle qu’elle est, et non pas telle qu’elle doit être, mais telle qu’elle apparaît dans les rêves.
NINA – Votre pièce n’a pas beaucoup d’action, c’est une récitation seulement. Et pour moi, dans une pièce, il doit y avoir forcément de l’amour…
La Mouette, Acte 1
TOUT MON AMOUR

de Laurent Mauvignier
Collectif Les Possédés
création collective dirigée par Rodolphe Dana
Faut-il croire à l’impossible ou se refuser à croire au possible ? Un homme et une femme qui ont perdu un enfant sont confrontés à l’éventualité de son retour. Le collectif Les Possédés poursuit son exploration des liens familiaux. L’occasion pour un romancier de premier plan de faire ses débuts très attendus au théâtre.
Un homme revient dans le village de son enfance avec sa femme pour l’enterrement de son père. Une jeune fille se présente à eux et prétend être Élisa, leur fille, disparue mystérieusement dix ans plus tôt, à l’âge de six ans. La Mère refuse de la croire. Le Père doute. Leur fils, resté à Paris, les rejoint dans la maison familiale. Avant de répondre à la question de l’identité de la jeune fille, c’est d’abord le rendez-vous d’une famille qui doit affronter ses démons et régler ses comptes, entre les vivants, mais aussi avec les disparus, le grand-père mort ou la fille enlevée.
Pour Rodolphe Dana, « Tout mon amour, à la fois intrigue psychologique et drame familial, interroge les liens secrets entre un homme et une femme qui ont traversé la perte d’un enfant et sont confrontés au retour possible de cet enfant, mais dans le corps d’une inconnue, une jeune fille. Et si cette Elisa était vraiment leur enfant ? Quelle place, alors, pour le Fils ? Quelle place pour lui, de toute façon, entre des parents aveuglés par l’absence ? Et si l’important n’était pas de savoir si la jeune fille est vraiment Elisa ? Si l’important était ailleurs, par exemple dans la décision de croire à l’impossible ou de se refuser obstinément à croire au possible ? Est-il seulement envisageable de faire le deuil d’un enfant et de cette enfance qui, quoi qu’il en soit, est perdu ? Jusqu’où est-on prêt à croire par amour ? »
Dans la droite lignée du Pays Lointain de Jean-Luc Lagarce, Tout mon amour est une pièce qui parle de l’absence et du retour d’un être aimé. C’est aussi une pièce qui parle des enfants, du couple, des parents qui même morts continuent de hanter les vivants. Une pièce où le pire côtoie le trivial, un huis clos tragi-comique...
Les Possédés rêvaient de travailler avec un auteur français contemporain vivant. La rencontre avec Laurent Mauvignier en 2008 leur a permis de concrétiser ce désir. Après avoir porté à la scène son roman Loin d’eux en 2009, Rodolphe Dana lui a commandé cette première pièce de théâtre. Laurent Mauvignier a notamment publié aux éditions de Minuit Apprendre à finir, des Hommes, Dans la foule

